Restructuration du domaine de l’asile – modification des ordonnances 1 et 2 sur l’asile – : Prise de position ADEM

5 décembre 2017 par fso

A l’occasion de la mise en consultation visant à adapter diverses ordonnances, l’ADEM prend position pour que les principes exposés ci-après visant à renforcer la prise en compte des droits des requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA), soient intégrés dans les projets d’ordonnance 1 sur l’asile relative à la procédure (p-OA1) et d’ordonnance 2 sur l’asile relative au financement (p-OA2).

Position de l’Alliance pour les droits des enfants migrants (ADEM),30.11.2017

1. Procédure accélérée (nouvel alinéa à l’article 20c p-OA1)
La procédure accélérée telle que prévue à l’article 20c du p-OA1 n’est pas adaptée à la prise en compte des besoins spécifiques des RMNA dans la procédure d’asile. Les démarches nécessaires à l’établissement de l’évaluation sociale du RMNA dans son pays d’origine ou dans un pays tiers en vue de déterminer une solution durable respectueuse de son intérêt supérieur ne peuvent pas être effectuées dans les délais prévus. Particulièrement vulnérables au vu de leur parcours migratoire, les RMNA doivent pouvoir disposer de davantage de temps pour établir un rapport de confiance avec les personnes impliquées dans la procédure d’asile. Un délai de six mois à une année, tel que c’est le cas aujourd’hui, serait en conséquence plus approprié pour assurer une procédure respectueuse des droits de l’enfant et intégrer leur situation effective dans la décision finale.

Il parait dans ce sens judicieux d’ajouter un nouvel alinéa à l’article 20c p-OA1 qui permette d’exempter les RMNA de la procédure accélérée, sauf si ce choix s’avère contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant.

2. Hébergement (nouvel alinéa à l’article 14 p-OA1)
Les RMNA sont avant tout des enfants et des jeunes qui méritent d’être traités en tant que tels. Selon le principe de non-discrimination, ils sont en droit de bénéficier d’une prise en charge et d’un hébergement similaires à ceux dont jouissent, en Suisse, les enfants et les jeunes placés hors du foyer familial. De nombreux sites communaux ou cantonaux qui abritent les (futurs) centres fédéraux possèdent des structures d’hébergement respectueuses des droits de l’enfant au sens de l’ordonnance sur le placement d’enfants (OPE). Elles sont dès lors parfaitement appropriées pour héberger des RMNA engagé-e-s dans la procédure d’asile.

Dans le cas où l’hébergement d’un RMNA devait tout de même avoir lieu dans un centre fédéral, celui-ci doit pouvoir assurer un logement conforme à ses besoins spécifiques. Le respect de son intérêt supérieur ne peut être assuré qu’en tenant compte de son âge, de son degré de maturité ou encore de son stade de développement. Il parait de plus nécessaire de rassembler les mineur-e-s du même sexe, en assurant un rapprochement entre frères et sœurs ou partenaires de voyage, tout en les maintenant séparés des adultes – sauf si cette séparation s’avère contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant ou du jeune. Des espaces communs, des lieux de repos et des salles de thérapie devraient être mis à disposition. Enfin, le respect du droit d’être entendu, soit la prise en compte de l’opinion de l’enfant ou du jeune et l’information sur le processus dont il/elle fait l’objet, permet de conférer un rôle actif au RMNA dans l’attribution de son logement, établissant par là-même un climat de confiance nécessaire à son développement personnel.

Pour le surplus, tout hébergement destiné aux RMNA doit être conforme aux recommandations de la CDAS relatives aux enfants et aux jeunes mineurs non accompagnés dans le domaine de l’asile (point 6, p. 16ss) et à l’ordonnance sur le placement d’enfants (OPE), déjà mentionnée.

Dans le but de compléter l’art. 82 al. 3bis de la nouvelle loi sur l’asile qui mentionne la nécessité de prendre en compte les « besoins particuliers » des RMNA, il parait judicieux d’ajouter un 3ème alinéa à l’article 14 p-OA1 qui intègre la nécessité d’assurer une séparation entre RMNA et adultes, sauf lorsque celle-ci s’avère contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant ou du jeune.

3. Encadrement (nouvel alinéa à l’art. 14 p-OA1)
Un environnement sécurisant et respectueux des droits de l’enfant ne peut être assuré qu’à travers un encadrement quotidien continu, offrant une planification des journées adaptée aux besoins des RMNA (alimentation, sommeil, vie sociale, prise en compte de besoins spécifiques et immédiats, accompagnement scolaire, accès aux loisirs, aux jeux et au repos, ainsi que participation à des activités culturelles et sportives). Le système de protection mis en place en faveur des RMNA doit être soutenu par des professionnels formés en socio-pédagogie, aux droits de l’enfant, à l’interculturalité, enclins à travailler de manière interdisciplinaire et disposant des ressources suffisantes. La communication doit être assurée sans entrave, avec l’aide de traducteurs/traductrices en cas besoin. Les personnes encadrant les RMNA assument également un rôle fondamental en ce qui concerne l’accès aux soins médicaux, la prise en charge psychologique en cas de détection de traumatismes et la mise en place de perspectives d’avenir avec l’enfant ou le/la jeune (motivations, ressources et potentiel, formulation d’un but, etc.).

Il parait dans ce sens judicieux d’ajouter un alinéa à l’article 14 p-OA1 qui garantisse la présence d’un personnel encadrant formé à la prise en charge des enfants et des jeunes migrants, qui tienne compte de l’état psychologique des RMNA et facilite l’accès à une prise en charge médicale globale en cas de besoin.

4. Personne de confiance et représentant-e juridique
Au vu de la mise en place systématique d’un-e représentant-e juridique assumant également le rôle de personne de confiance, il parait essentiel, comme rappelé dans la jurisprudence, que cette dernière possède des qualifications socio-pédagogiques, ait des connaissances sur les droits de l’enfant et la protection transnationale de l’enfant. Un conseil juridique et légal de qualité ne peut être assuré qu’en cas de ressources suffisantes, ce qui n’a pas été démontré lors la phase de test à Zürich. La mise en place d’une tutelle ou curatelle additionnelle permettrait dès lors d’éviter qu’une surcharge de travail affaiblisse la défense des intérêts des RMNA (cf point 5).

En ce qui concerne le financement des tâches de la représentation juridique dans le rôle de personne de confiance, l’ADEM rejoint la prise position de l’OSAR intitulée Restructuration du domaine de l’asile – modification de l’OA 2, de l’OA 3 et de l’OERE du 30 novembre 2017, point 3.4, p. 6 et 7.

5. Représentation légale (complément à l’alinéa 2 de l’art. 7 p-OA1)
Tout-e RMNA cherchant à obtenir le statut de réfugié a droit à la même protection que tout-e enfant ou jeune définitivement ou temporairement privé-e de son milieu familial (art. 22 de la Convention relative aux droits de l’enfant). Il ressort de la phase de test à Zürich que la fonction de représentant-e juridique et légal ne peut pas être correctement assumée au vu des capacités limitées qui permettent difficilement de remplir les deux attributions de manière satisfaisante (représentant-e juridique et personne de confiance). Une représentation légale étendue pour tous les RMNA doit en conséquence être mise en place de manière additionnelle et ce dès le dépôt de la demande d’asile, à travers la mise en œuvre systématique d’une tutelle ou d’une curatelle au sens du Code civil, instaurée par les autorités de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA). La Suisse respecterait ainsi, à travers la mise en place de mesures de protection, la Convention concernant la compétence, la loi applicable, la reconnaissance, l’exécution et la coopération en matière de responsabilité parentale et de mesures de protection des enfants. Le tuteur/la tutrice ou curateur/curatrice nommé-e dès le début de la procédure d’asile endosserait le rôle de personne de contact du RMNA et préparerait notamment celui-ci/celle-ci à l’audition.

Il parait dans ce sens judicieux de compléter l’alinéa 2 de l’article 7 p-OA1 en instaurant additionnellement à la représentation juridique une tutelle ou une curatelle au sens du Code civil.

6. Coordination des acteurs (art. 7 al. 2quater p-OA1)
Dans le cadre de l’attribution du RMNA au canton et afin d’éviter un changement d’environnement, le choix du canton devrait être celui qui abrite le centre fédéral. L’accompagnement du RMNA devrait être assuré par le tuteur/la tutrice ou curateur/curatrice désigné-e lors du dépôt de la demande d’asile (cf point 5). En cas d’impossibilité de le faire, il conviendrait de veiller à ce qu’aucune décision ne soit rendue tant qu’aucun-e autre tuteur/tutrice ou curateur/curatrice n’aura été nommé-e. Dans tous les cas, afin de garantir une assistance juridique discontinue jusqu’à l’entrée en force de la décision, un mécanisme de coordination doit être prévu entre le/la représentant-e juridique du centre fédéral et le-s représentant-e-s légaux.

Il parait dans ce sens judicieux de modifier l’alinéa 2quater de l’article 7, en supprimant la possibilité de faire recours à une personne de confiance pour pallier à l’absence de nomination d’un-e tuteur/tutrice ou d’un-e curateur/curatrice au moment de l’attribution cantonal. Une telle mesure de protection doit dans tous les cas être assurée.

7. Détermination de l’âge (modification de l’art. 7 al. 1 p-OA1)
Le processus de détermination de l’âge actuel s’appuie sur des méthodes peu précises (la marge d’erreur est en général de deux ans) et qui portent atteinte aux droits et à la dignité des enfant et des jeunes migrants. Les expertises médicales effectuées consistent généralement en une évaluation de l’âge osseux, d’un examen physique ou dentaire. La Société suisse de pédiatrie s’est positionnée contre la détermination de l’âge d’une personne par ces moyens qu’elle juge peu fiables et discutables d’un point de vue éthique. Malgré la prise en compte de ces examens comme indice faible dans la procédure de détermination de l’âge, ceux-ci s’avèrent  invasifs et peuvent avoir un impact important sur l’évaluation finale de l’âge du jeune. Dans son Observation générale n°6, le Comité des droits de l’enfant insiste sur l’importance de tenir compte de la maturité de l’enfant et de respecter tant son intégrité physique que sa dignité. La détermination de l’âge doit être le fruit d’un examen multidisciplinaire, établi en présence de la personne responsable du RMNA (représentant-e juridique et/ou tuteur/curateur), d’un-e traducteur/traductrice en cas de besoin et être centrée sur des composantes psychologiques. En cas de doute sur l’âge et jusqu’à preuve du contraire, ce dernier doit être déterminé en faveur du RMNA.

Dans le cas où la minorité n’est pas reconnue, la décision devrait indiquer la voie de recours possible avant qu’une décision matérielle ne soit prise.
Il parait dans ce sens judicieux de modifier le 1er alinéa à l’article 7 du p-OA1 afin d’empêcher tout recours aux examens médicaux pour déterminer l’âge du RMNA. En lieu et place et dans le but de respecter les exigences du Tribunal administratif fédéral, une appréciation globale tenant compte de différents facteurs doit être appliquée. Les déclarations et le comportement de la personne, ou encore une appréciation des documents déposés pourraient constituer différents éléments d’approche.

8. Scolarisation
Pour être à même de construire des perspectives d’avenir et des solutions durables, tout RMNA doit pouvoir bénéficier de son droit fondamental à l’éducation. Cela comprend entre autres l’apprentissage de la langue dès le premier jour, une évaluation du parcours scolaire et un plan de formation adapté à ses compétences. Sa scolarisation devrait dès lors être garantie dès le dépôt de la demande d’asile.

De manière générale, l’ADEM renvoie pour le surplus à la prise de position de l’OSAR intitulée Restructuration du domaine de l’asile – modification de l’ordonnance 1 sur l’asile du 30 novembre 2017, point 7, p. 18-20.

A l’école de St-Maurice : la DIVERSITE en fête !

14 novembre 2017 par fso

Le 20 novembre prochain, l’Ecole primaire de St-Maurice/Lavey et la Fondation Sarah Oberson (FSO) fêteront la Journée internationale des droits de l’enfant et les 20 ans de la ratification de la Convention des droits de l’enfant par la Suisse sur le thème de la diversité.

Dès la rentrée scolaire et tout au long de l’automne, les enseignants et la FSO ont collaboré dans le but d’organiser cet anniversaire. S’appuyant sur des fiches pédagogiques de l’Institut international des droits de l’enfant destinées à promouvoir et mettre en pratique la Convention des droits de l’enfant en milieu scolaire au niveau national, les élèves ont créé une multitude d’activités: panneaux photos, peintures, chants, dégustations, romans photos, autoportraits etc.

Ces diverses animations, dont le Bibliobus, seront présentées aux familles et à la communauté de St-Maurice dans le cadre d’une fête qui aura lieu le :

le 20 novembre 2017 entre 17:00 -19:00
à l’Ecole primaire de St-Maurice

Selon la réussite de ce projet, la FSO envisage d’élargir l’expérience à d’autres communes francophone et germanophone du canton.

La Fondation Sarah Oberson témoigne ainsi du fait que les droits de l’enfant ne sont pas uniquement une liste sur un parchemin, mais un instrument quotidien utile qui favorise le “vivre ensemble” dans le respect de l’autre au niveau familial, scolaire, communautaire et sociétal.

« Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde »
(Préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme)

 Photo : bDom, flickr/creative commons

La fugue en Valais, des pistes d’action à approfondir

28 septembre 2017 par fso

Les statistiques sur les fugues en Valais, recueillies dans l’étude quantitative de Frossard et Morard, sont intéressantes car elles fournissent un indice sur la gravité du phénomène. Les deux étudiants se demandent en effet si la fugue en Valais est un problème social (p. 78-83). Leur réponse est nuancée, car la fugue «ne correspond pas à toutes les constituantes de la définition de problème social (…) mais certains critères apparaissent de manière significative.» (p. 82)

Ils concluent ainsi «(qu’) il importe (…) de mieux le comprendre (…) et ce, pour deux raisons principales. Premièrement, la disparition d’un enfant est susceptible d’engendrer de graves conséquences dont l’acte de fugue ne serait pas le symptôme mais bel et bien la cause. Deuxièmement, si l’on considère la fugue en tant que partie émergée des problèmes vécus par le jeune, cet acte permet de rendre visible sa condition: il offre, volontairement ou non, une porte d’accès à sa souffrance. Cela donne, tant à sa famille qu’aux intervenants sociaux, l’opportunité de se mettre en action pour améliorer la situation.» (p. 82)

Les chiffres qui ont été recueillis doivent ainsi être complétés par d’autres données, afin d’en comprendre la portée. Des recherches qualitatives et quantitatives supplémentaires sont nécessaires avant de déterminer si la fugue en Valais est un problème social.

Néanmoins, cette étude permet d’ores et déjà de dégager 4 pistes d’action possibles pour une meilleure prise en charge de cette problématique:

  • «Le nombre conséquent de récidives incite à se questionner sur les modes actuels de prises en charge lors du retour de l’enfant, que ce soit par l’entourage familial ou par les autres institutions concernées.» (p. 83)
  • Une fugue par semaine est signalée par des familles. Ceci ne représente probablement qu’une partie des fugues à partir du domicile (p. 83). Il est légitime de se demander s’il est nécessaire d’accompagner ces familles ou d’informer spécifiquement le public à propos de cette problématique, notamment en ce qui concerne le retour.
  • Le mode de signalisation à la police des disparitions de MNA, qui diverge par rapport aux résidents en foyer, interpelle sur l’éventuelle nécessité d’un changement.
  • La variété des prises en charge institutionnelles de la fugue amène à se demander si une meilleure coordination interinstitutionnelle serait souhaitable.

Pour approfondir ces pistes d’action et afin d’en mesurer la nécessité, l’avis des différents acteurs impliqués (policiers, éducateurs, thérapeutes, enseignants, etc.) et l’interdisciplinarité  sont fondamentaux. La demi-journée de réflexion organisée par la Fondation Sarah Oberson «Fugues en Valais: radiographie du phénomène» s’inscrit dans cette idée.

Fugues en Valais: radiographie du phénomène, le 18 octobre 2017 de 14h à 17h à la Fondation universitaire Kurt Bösch, Bramois/Sion. Entrée gratuite sur inscription (délai 13 octobre) (email, fax).

Photo: mafal_dark, flickr/creative commons

Les disparitions de MNA : pas de signalement systématique

5 septembre 2017 par fso

Comme dans le reste de l’Europe, en Valais, « les disparitions de mineurs non accompagnés (MNA) sont fréquentes. Selon l’Office cantonal de l’Asile, il y en a eu 5 en 2013-2014 et 16 en 2015-2016. Cependant, contrairement aux fugues d’enfants résidents, les disparitions de MNA ne sont pas signalées systématiquement :  seules 4 situations ont été annoncées à la police cantonale, toutes en 2016. »

Extraits de travaux étudiants de la HEVs, MM. Yannick Frossard et Samuel Morard (Travail de Bachelor (1)), Mmes Celia MACEIRAS et Noémie MOREND (Travail de Module Libre). Travaux mandatés par la Fondation Sarah Oberson.

«Aucune statistique (de disparition de MNA) ne fait l’objet de publication officielle. (Selon) le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), (…) le taux de départs non-contrôlés depuis des centres fédéraux se situe entre 5 et 10 % de l’ensemble des requérants d’asile, enfants y-compris. Mentionnons qu’au niveau fédéral, les requérants commencent leur processus d’asile dans un centre géré par le SEM, et y restent de quatre à cinq semaines. Durant ce laps de temps, ‘l’expérience montre que certains demandeurs quittent le centre, sans en indiquer les raisons et leur destination.’». (TB, p. 70-71)

Selon les données internes du SEM, «en 2015, 2’739 MNA ont déposé une demande d’asile en Suisse, et il y a eu 129 disparitions (4.7%) ; en 2016, l’on dénombre 1’999 demandes et 400 disparitions (20%). Malgré la diminution des arrivées, force est de constater que le phénomène de disparition s’amplifie.

En 2015, 115 enfants séparés ont été attribués au Valais, et 92 en 2016 : pendant ces années, il y a eu respectivement 11 et 12 disparitions (toujours selon les chiffres du SEM).» Selon l’Office de l’Asile du Canton du Valais, (…) il y a eu 5 disparitions de MNA en 2013-2014 et 16 en 2015-2016. «Le décalage avec les données du SEM est dû au fait que l’Office de l’Asile recense uniquement les enfants dont la disparition a été annoncée depuis les institutions cantonales de prise en charge, sans tenir compte ‘des MNA qui sont attribués au canton du Valais mais qui disparaissent depuis les centres d’enregistrement et n’arrivent jamais dans notre canton’». (TB, p. 71)

«Il existe un important décalage (aussi) entre le nombre d’enfants disparus selon l’Office de l’Asile et les données inscrites dans le système RiPol (Système de recherches informatisées de police). Nous pouvons en déduire que les MNA qui disparaissent des centres d’accueil valaisans ne sont pas systématiquement annoncés à la (police). Ces enfants ne sont donc pas recherchés. Pourtant, l’obligation légale de signalement existe tout autant que pour les autres milieux de vie (…). Tout comme Hedjam (2010), nous pensons que la façon dont sont prises en charge les disparitions d’enfants requérants d’asile peut (…) être interprétée comme une “discrimination”, soit une violation de l’article 2 de la CDE (ONU, 1989). » (TB, p. 71)
A souligner qu’on ne parle ici que d’une éventuelle discrimination pour ce qui est le signalement à la police et non par rapport aux soins et au traitement octroyés aux enfants dans les centres.

A cela s’ajoutent tous les MNA non recensé «… puisqu’une grande partie des jeunes n’ont pas été enregistrés et de ce fait (n’ont) pas été déclarés disparus. (Cornaglia, 2016).» (ML, p. 38)

«…Des études qualitatives seraient les bienvenues pour mieux comprendre le phénomène des disparitions de MNA, afin que des mesures de prévention adaptées puissent être mises en place, que les droits de l’enfant soient mieux respectés». (TB, p. 70-71)

Les chiffres qui ont été recueillies doivent être complémentées par d’autres données afin d’en comprendre la portée. La Fondation Sarah Oberson organise ainsi “Fugues en Valais : radiographie du phénomène“, le 18.10.2017, 14h00-17:00, à la Fondation universitaire Kurt Bösch, Bramois/Sion, Entrée gratuite sur inscription (email, fax).

____

(1)   Yannick Frossard et Samuel Morard (2017), Fugues en sol valaisan : phénomène mineur ?, mandaté par la Fondation Sarah Oberson, Travail de Bachelor pour l’obtention du diplôme Bachelor of Arts HES·SO en travail social Haute École de Travail Social − HES·SO//Valais – Wallis

HEDJAM, S. (2010). Disparitions, départs volontaires, fugues. Des enfants de trop en Europe ? Etude menée en Belgique, Espagne, France et Suisse sur les disparitions de mineurs étrangers non accompagnés placés en institution. Terre des hommes. Berne : Stämpfli Publications SA.

CORNAGLIA, A. (2016). Combien, qui, où et pourquoi ? Le point sur les mineurs étrangers non accompagnés disparus en Europe. https://eulogos.blogactiv.eu/2016/05/11/combien-qui-ou-et-pourquoi-le-point-sur-les-mineurs-etrangers-non-accompagnes-disparus-en-europe/. (Consulté le 07.09.2016).

A Lire aussi:

17.3217 Motion « Disparition de mineurs non accompagnés. Lutter contre ce phénomène inquiétant, dans l’intérêt supérieur de l’enfant », de Mazzone Lisa

Motion refusée par le Conseil fédéral le 24 mai 2017 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20173217

Fugues en Valais : radiographie du phénomène

28 août 2017 par fso

“En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.”

La Fondation Sarah Oberson a entrepris avec la filière Travail social de la HES-SO Valais-Wallis une étude quantitative sur les fugues en Valais . Depuis plusieurs années, la Fondation demande la création de statistiques nationales concernant la disparition d’enfants. Cette recherche est un premier pas dans ce sens (1).

L’objectif de la Fondation Sarah Oberson est de mieux cerner l’ampleur de ce phénomène, afin de stimuler d’autres recherches scientifiques qui permettront de planifier des stratégies de prévention et de réponse adéquates.

Afin de mettre en valeur ce document et surtout pour que ses conclusions servent à alimenter une discussion autour de ce thème dans notre canton, la Fondation Sarah Oberson organise le 18.10.2017 une demi-journée de réflexion (14h00-17h00) à la Fondation Universitaire Kurt Bösch, Bramois/Sion. Entrée gratuite, ouverte à tous, gratuit sur inscription (email, fax).

La FSO profite de cet article pour remercier les étudiants de leur travail consciencieux ; la HES-SO Valais-Wallis pour sa collaboration ; la Police cantonale valaisanne ainsi que le Service cantonal de la jeunesse pour l’aide fourni dans l’accès aux données nécessaires et à la compréhension des protocoles appliqués en cas de fugues d’enfants.

Ci-dessous vous trouvez la synthèse en chiffres de l’étude effectuée par MM. Yannick Frossard et Samuel Morard, qui y ont consacré leur Travail de Bachelor ((2), p. 75-76).

Synthèses des données

-          En Valais, il y a eu entre 2014 et 2016 un total de 1’074 fugues qui ont fait l’objet d’une inscription dans le système national de recherche informatisé de police RiPol. Cela signifie qu’il y a en permanence une moyenne de 7 fugueurs signalés disparus.

-          Ces fugues se produisent principalement depuis des foyers (n=867, soit 80.7 %), des domiciles familiaux (n=143, soit 13.3 %) et des hôpitaux pédopsychiatriques (n=55, soit 5.1 %). Quelques cas ont été signalés depuis des écoles, des familles d’accueil et des centres de requérants d’asile mineurs non accompagnés.

-          Les disparitions de mineurs non accompagnés sont fréquentes. Selon l’Office de l’Asile, il y en a eu 5 en 2013-2014 et 16 en 2015-2016. Cependant, seules 4 situations ont été annoncées à la PCVS, toutes en 2016.

-          Les fugues sont principalement le fait de garçons (n=644, soit 60 %). Depuis les domiciles, il y a autant de fugues de filles (n=71) que de garçons (n=72), et dans les hôpitaux quatre fois plus de fugues de filles (n=44) que de garçons (n=11) ; ce sont donc les fugues de foyers qui ont un impact sur la surreprésentation masculine (n=310 ; n=557).

-          L’ensemble des 1’074 fugues sont le fait de 373 enfants : la question de la récidive est donc centrale. La fugue a constitué un épisode unique pour près de la moitié des enfants fugueurs (45.8 %), mais les récidivistes sont à l’origine de la grande majorité des situations (84.1 %). La médiane des récidives se situe à 2 fugues par personne.

-          Une augmentation est constatée au cours de la période étudiée (de 315 en 2014 à 420 en 2016). Cette augmentation se manifeste uniquement depuis les foyers (de 234 à 356, soit + 52.1 %).

-          Une fugue toute les 30 heures se produit en moyenne depuis un foyer (n=867).

-          Depuis les domiciles familiaux, en moyenne une fugue par semaine est signalée (n=143). 91 enfants ont fugué de leur domicile, à une ou plusieurs reprises. Au moins 28 d’entre eux ont par la suite été placés dans des foyers ou ont séjourné dans des hôpitaux, puisqu’ils y ont récidivé.

-          Concernant l’âge des fugueurs, la médiane se situe à 15 ans. Il y a peu de fugues d’enfants de moins de 12 ans (n=8), et la quasi-totalité des fugues d’enfants de moins de 13 ans ont été effectuées depuis des foyers (n=42/45, soit 93.3 %).

-          Une fugue dure en moyenne 7.4 jours (n=7919÷1’074) : cette donnée est soumise à une variation significative en fonction du genre (8.2 jours pour les garçons et 6.1 jours pour les filles). L’âge du fugueur a une incidence considérable sur la durée moyenne de la fugue, qui oscille de 4 jours à 12-13 ans à plus de 9 jours à 17 ans.

-          La grande majorité des fugues se terminent au cours de la semaine (n=832, soit 77.5 %). 119 avis de fugue ont été révoqués au cours de la même journée. Au lendemain de l’annonce, un tiers des fugues était révoqué (n=357). Il y a aussi 16.4 % qui durent entre 7 et 30 jours (n=176), et 6.1 % plus de 30 jours (n=66). Le pourcentage de ces longues fugues augmente avec l’âge : il passe de 16.7 % pour les 12-14 ans (n=45/269), à 22.9 % pour les 15-16 ans (n=137/597), puis à 30 % pour les fugueurs âgés de 17 ans (n=60/200).

-          Le nombre de signalements est soumis à d’importantes variations en fonction des mois. Ainsi, il y a presque deux fois moins de fugues en février (n=62) et en juillet (n=62) qu’en mai (n=119) et en septembre (n=117).

-          La nationalité ne semble pas être un facteur de risque significatif : les fugues sont le fait de détenteurs de la nationalité suisse (61.5 %), de ressortissants de l’Union Européenne (22.4 %), d’autres pays européens (3.5 %), et d’autres continents (11.7 %).

(1) CONTACT : Guillaume Grand, Fond. Sarah Oberson, Vice-président du Conseil de fondation, 076 421 39 71, info@sarahoberson.org

(2)   Yannick Frossard et Samuel Morard (2017), Fugues en sol valaisan : phénomène mineur ?, mandaté par la Fondation Sarah Oberson, Travail de Bachelor pour l’obtention du diplôme Bachelor of Arts HES·SO en travail social Haute École de Travail Social − HES·SO//Valais – Wallis

Des villes qui font une place aux enfants ? Résultats d’une enquête réalisée avec les enfants de 8-10 ans d’une petite ville romande

21 août 2017 par fso

Les transformations des villes, organisées principalement autour des besoins de l’économie et de la mobilité motorisée, ont amené à une progressive exclusion des enfants des espaces publics et à leur ségrégation dans des lieux privatifs, souvent séparés du monde des adultes (écoles, crèches, lieux d’accueil, places de jeux, etc.).

Edito de Michele Poretti (1), publié sur le site d’Artias, en août 2017

De nombreuses villes romandes réfléchissent ainsi actuellement aux liens entre espaces urbains, enfance et inclusion. Ce dossier vise à contribuer à ces réflexions. Il résume notamment, tout en les développant, les résultats d’une recherche réalisée en 2014 et 2015 avec une centaine d’enfants de 8-10 ans de la commune de Sion (Valais).

En brossant le portrait d’une enfance inégale, cette étude interroge ainsi la capacité de la Suisse, à tous les niveaux de l’Etat fédéral, à garantir à toutes et à tous des opportunités égales de réaliser les droits inscrits dans la Constitution, dans la loi et dans la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant (ratifiée par la Suisse en 1997).

Cette recherche s’ouvre sur des questions politiques centrales. Comment garantir aux plus jeunes, dans des villes qui offrent des milieux de vie très contrastés, à la fois en termes de bâti, d’infrastructures et de mixité sociale, un accès équitable à une éducation de qualité et à des opportunités de loisirs ? Comment faire en sorte que le modèle des écoles de quartier, qui favorise la mobilité douce des enfants et l’ancrage local de l’institution scolaire, ne vienne renforcer une ségrégation socio-spatiale déjà inscrite dans la ville ? Plus fondamentalement, comment créer des villes inclusives, qui fassent une place à toutes et à tous, dans des sociétés qui, au fond, s’accommodent relativement bien d’inégalités croissantes ?

Les responsabilités pour construire des villes inclusives, qui font notamment une place, sans discriminations, aux plus jeunes et à leurs parents, sont largement partagées. Les conséquences d’un échec dans ce domaine pourraient cependant mettre à dure épreuve un vivre-ensemble déjà fortement ébranlé par l’insécurité et l’individualisation des relations sociales.

(1) Dossier préparé par Michele Poretti, Haute école pédagogique Vaud et Université de Genève

> Téléchargez le dossier du mois en Pdf
> Téléchargez l’étude réalisée avec les enfants de Sion en Pdf
> Téléchargez l’enquête auprès des communes romandes en Pdf
> Autres éclairages sur notre thème Social >> Logement >> Aménagement du territoire

Quel sentiment d’appartenance et quelle identité développent les migrants du Tessin ?

4 juillet 2017 par fso

Analyse des critères qui ont permis, ou pas, le développement du sentiment d’appartenance et d’identité chez les migrants mineurs devenus aujourd’hui des adultes, dans leur pays d’accueil. (…) L’approche constructiviste et la vision adoptée par l’enfant, en tant qu’acteur social, permettent de valoriser le rôle actif du mineur dans la construction de ses appartenances et ainsi, de son identité vis-à-vis du système social actuel.

Par Sara Camponovo, Résumé de mémoire MIDE, 4 juillet 2017

Au cours de ces dernières décennies, la Suisse a été exposée à un afflux croissant de migrants en provenance de multiples pays. Dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie, des familles entières, enfants inclus, ont quitté leur pays natal, abandonnant alors tout.

La migration amène les sujets à se positionner entre deux réalités : le vécu dans leur pays d’origine et la nouveauté que leur offre leur pays d’accueil. Comme le remarque Zittoun (2007a), l’individu se retrouve alors confronté à de nombreuses «ruptures», lesquelles provoquent une instabilité personnelle. Ce déséquilibre amène à des questionnements personnels, du «moi» dans ce nouveau monde. La migration est donc un phénomène incluant une remise en question du sentiment d’appartenance et un réaménagement identitaire (Guilbert, 2005). Un travail d’identification au nouveau pays doit alors se faire afin de rétablir un équilibre.

Ce travail possède un double objectif. En premier, il vise à explorer les éléments évoqués de manière majoritaire par les jeunes migrants, devenus aujourd’hui des adultes, pour définir leur sentiment d’appartenance au Tessin. Par la suite, il va chercher à mettre en évidence quelles stratégies identitaires, parmi celles élaborées par Camilleri (1996/7), ont été appliquées par ces jeunes afin de construire, ou non, une identité au territoire d’accueil. L’approche constructiviste et la vision adoptée par l’enfant, en tant qu’acteur social, permettent de valoriser le rôle actif du mineur dans la construction de ses appartenances et ainsi, de son identité vis-à-vis du système social actuel. Dans cette recherche, le mineur n’est pas considéré comme un sujet inactif face au bouleversement causé par la migration. Il est perçu comme une personne active, consciente et détentrice de capacités décisionnelles qui ont influencé son passé, et qui influencent encore son présent.

Les données récoltées mettent en évidence le caractère unique des récits et la singularité des expériences vécues par les sujets enquêtés. Concernant le premier objectif de cette recherche, qui se focalise sur le sentiment d’appartenance, les données valident l’idée que ce sentiment se construit de manière individuelle et par les interactions réciproques du sujet avec le monde l’entourant. Le sentiment d’appartenance n’est pas donc une notion définie de manière unanime par les gens, mais chacun s’appuie sur des critères spécifiques et personnels pour le développer. Les interviewés ont mentionné la famille, l’école et les loisirs (groupe d’amis et activités sociales), comme les trois critères les plus importantes pour eux et qui ont permis le développement de ce sentiment au Canton du Tessin. Cependant, l’espace géographique, la culture et la religion n’ont pas eu un gros impact pour la construction de l’appartenance. C’est intéressant de constater que les participants ont mentionnés des autres critères sur lesquels ils se sont appuyés pour développer un sentiment d’appartenance au pays d’accueil.

Dans la deuxième partie de cette étude, nous avons cherché d’analyser quelle stratégie, parmi les trois identifiées par Camilleri (1996/7), a été la plus adoptées par les interviewés. L’auteur a mis en évidence que les migrants, une fois arrivés dans le nouveau pays, adoptent des comportements et des stratégies particulières pour s’adapter au pays ou inversement pour s’y détacher complétement. Les données récoltées montrent que c’est la stratégie «intermédiaire» la plus appliquée par les participants. Pour la plupart des interviewés il est difficile d’éliminer complétement leur passé, en oubliant leur pays natal, les valeurs et les codes qu’ils ont appris là-bas, car ils représentent une partie d’eux-mêmes. Ils ont donc essayé de trouver un équilibre entre leur passé et leur présent, en alternant les valeurs et les comportements du nouveau pays à ceux du pays d’origine.

Ce travail a permis de mettre en lumière l’aspect subjectif de la migration, souvent oublié par les chercheurs et de valoriser l’idée que le sentiment d’appartenance et l’identité sont deux concepts qui se construisent par un assemblage d’éléments significatifs, qui permet de donner une vision globale à la figure de l’homme.

Consulter le document complet et les références bibliographiques.

Photo: Beth Scupham, flickr/creative commons

La Suisse ratifie la Convention d’Istanbul pour lutter contre la violence domestique

19 juin 2017 par fso

Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, surnommée la Convention d’Istanbul: le National a suivi le Conseil des Etats en disant oui à la ratification lors de la session spéciale de mai 2017.

Article de Humanrights.ch, publié sur leur site le 12.06.2017

Ce qu’il reste à faire

Tout comme les commissions parlementaires, la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a souligné que la Suisse répond d’ores et déjà aux principales exigences de la Convention et qu’aucune modification législative ne sera nécessaire. Elle a cependant souligné parallèlement qu’il reste malgré cela beaucoup à faire, soulignant qu’il serait dans l’intérêt de la Suisse d’aborder le thème de « la violence contre les femmes et de la violence domestique » de la façon la plus complète et efficace possible.

Quatre réserves, dont une problématique

Pour éviter de devoir effectuer des modifications législatives, la Suisse a posé quatre réserves concernant trois articles de la Convention. Trois d’entre elles, principalement de nature technique, n’ont fait l’objet d’aucun débat aux chambres. Seule la réserve prévoyant de n’appliquer que partiellement l’article 59 concernant le droit de séjour des victimes de violence domestique a été critiquée par les Verts. La réserve posée par la Suisse implique en effet que, contrairement à ce qu’exige la Convention, les victimes de violence domestique dont le permis de séjour dépend de celui de leur partenaire  ou de leur mari (permis B ou F) n’ont pas de garantie de pouvoir rester en Suisse en cas de dissolution du mariage ou du partenariat. Les Verts ont annoncé qu’ils déposeront plusieurs objets parlementaires sur cette thématique.

La Chambre basse a au final adopté la ratification par 120 voix contre 52, suivant en cela le Conseil des Etats, qui l’avait pour sa part adoptée par 32 voix contre 12.

Les ONG saluent la ratification

Plusieurs ONG ont exprimé leur satisfaction de voir la Suisse adopter cette importante convention, déjà ratifiée par 23 Etats du Conseil de l’Europe. Elles sont unanimes pour souligner que celle-ci renforcera substantiellement la prévention contre la violence et la protection des victimes. D’après Terre des femmes Suisse, une femme décède tous les 20 jours des suites de la violence domestique et l’on recense une tentative de meurtre par semaine.

Historique de la ratification

La Suisse doit prochainement signer la convention d’Istanbul, affirmait déjà le Conseil fédéral dans un communiqué du 3 juillet 2013. Le droit suisse dispose déjà au niveau fédéral de la plupart des instruments nécessaires pour mettre en œuvre la convention. Il convient de citer notamment la révision récente du Code pénal sur les infractions de mariage forcé et de mutilation d’organes génitaux féminins. «En matière de harcèlement, les dispositions prévues par la Suisse dans son droit civil et dans son droit pénal dépassent les exigences de la convention», a expliqué le gouvernement. Ce dernier doit encore examiner les dispositions prévues dans certains domaines pour déterminer s’il y a lieu de les compléter ou non.

La Convention du Conseil de l’Europe prévoit, dans les détails, un ensemble de mesures qui ne sont mises en œuvre pour l’instant que de manière superficielle en Suisse. Pour ne citer que quelques exemples, il s’agit notamment de la mise à disposition de refuges facilement accessibles et en nombre suffisant (foyers pour femmes battues, etc.), de lignes d’assistance téléphonique ou de la mise en place de mesures pour aider les enfants témoins de violence domestique.

La Convention

Cet accord est le premier au niveau européen à protéger les femmes contre toutes les formes de violence, y compris la violence domestique. Il rend punissable tout type de violence faite aux femmes, en particulier les violences physiques, psychiques et sexuelles, le harcèlement, les mariages forcés et les mutilations génitales. Outre une meilleure protection juridique, la convention prévoit des mesures de prévention, d’accompagnement et d’aide aux victimes. Elle répertorie les formes de violence dont les femmes sont bien plus souvent les victimes. Mais, les États membres sont priés d’appliquer la convention aussi aux formes de violence domestique touchant les hommes et les enfants (art. 2).

Sources

Les enfants disparus en Europe : un phénomène difficile à chiffrer

6 juin 2017 par fso

Pour une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants, l’Europe a besoin de statistiques fiables et exhaustives. La Fondation Sarah Oberson milite en Suisse pour l’établissement de statistiques nationales qui permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.

Photo :  achrntatrps, flickr/creative commons

A l’occasion de la Journée internationale des enfants disparus du 25 mai, deux organisations ont publié des statistiques européennes. L’une parle de 3’536 et l’autre de 5’742 enfants disparus. Pourquoi une telle différence ? La réponse est simple. Il n’existe pour l’instant aucune statistique européenne officielle sur le sujet. Chaque pays, et dans le cas de la Suisse chaque canton, classifie et recueille ces données différemment. De ce fait, compilation et comparaison sont impossibles à réaliser. Ces deux organisations essaient ainsi de mettre des chiffres sur un phénomène difficilement quantifiable à ce jour.

En 2016, Amber Alert Europe parle de 3’536 enfants disparus. Il s’agit d’enfants[1] dont la police de leur pays a décidé de rendre publique la disparition[2]. 22 Etats ont publié ces 3’536 annonces et 73% de ces enfants ont été retrouvés dans le mois qui suit.

Aussi en 2016, 29 alertes enlèvements[3] ont été déclenchées dans 5 pays pour la recherche de 33 enfants, dont 32 ont été retrouvés – 83% dans les 24 heures.

Comme le fait noter cette organisation, ces données ne font que donner un aperçu de la situation, mais ne peuvent pas être la source de recherches scientifiques sur la disparition d’enfants car les critères qui engendrent l’annonce publique et ceux qui déclenchent l’alerte enlèvement diffèrent d’un pays à l’autre.

Toujours en 2016, Missing Children Europe parle de 5’742 enfants disparus. Elle puise ses données dans les cas traités par 23 numéros d’urgences 116 000[4]. Des 5’742 enfants disparus, 57% sont des enfants qui ont fugué ou qui ont été forcé à partir de la maison ; 7% sont des MNA ; 23% sont des cas d’enlèvements parentaux ; moins de 1% sont des cas d’enlèvements criminels par un tiers ; alors que 13% sont des enfants perdus, blessés ou autres.

Autre donnée intéressante, 1 cas sur 5 implique le passage d’une frontière, ce qui souligne l’importance d’une bonne collaboration internationale entre les autorités compétentes. Grande nouveauté de 2016, une augmentation importante des appels faits par les enfants disparus eux-mêmes : 12% de plus.

Malheureusement, on voit un recul dans le retour des enfants : seulement le 42% des enfants ont été retrouvés dans l’année, contre le 46% en 2015. Ceci est dû en grande partie à la diminution de fugueurs retrouvés (57% en 2015 contre 46% en 2016). Pour la catégorie des fugueurs, on dénote aussi une augmentation des enfants qui ont fugué plus de trois fois. Ce qui questionne sur la prise en charge de leur retour.

Encore une fois, ces données ne font que transmettre un aperçu de la situation. Les sources ne sont pas officielles, mais ne dépendent que des familles et de leur volonté de faire appel à ce service. Toutefois, ces chiffres peuvent être compilés et comparés car Missing Children Europe a entrepris un travail d’uniformisation de la collecte de données. Plus difficile est la comparaison entre les années, vu que le nombre de pays pris en compte varie d’une année à l’autre : 26 en 2014, 27 en 2015  et 23 en 2016.

L’Europe a besoin de statistiques fiables et exhaustives. La Fondation Sarah Oberson milite en Suisse pour une meilleure connaissance du phénomène de la disparition d’enfants grâce à l’établissement de statistiques nationales qui permettrait d’être mieux à même de quantifier ces disparitions, de les comprendre au travers de recherches scientifiques, ainsi que de planifier les mesures de prévention et les stratégies de réponse adéquates.

La Suisse, de par son fédéralisme, vit à son échelle les mêmes difficultés de l’Europe pour ce qui est de l’uniformisation de la collecte de données. Elle pourrait ainsi devenir l’exemple à suivre.

A noter que depuis le 25.05.2017, la Suisse bénéficie aussi d’une hotline 116 000, sous l’égide de Missing Children Switzerland.

Clara Balestra, Fondation Sarah Oberson, 06.06.2017

Photo :  achrntatrps, flickr/creative commons


[1] Moins de 18 ans, selon l’art. 1 de la CDE.

[2] Les annonces sur le site sont enlevées dès le retour de l’enfant et si la disparition dépasse un mois.

[3] « Introduite sur ce continent en 2006, l’alerte enlèvement a été déclenchée 29 fois en 2016 : 17 Etats de l’Union européenne ainsi que la Suisse possède un tel système, mais seulement 9 l’ont employé jusqu’à ce jour. »

[4] C’est-à-dire, dans 23 Etats. 31 Etats européens bénéficient de ce service, dont la Suisse désormais.

25 mai, Journée internationale des enfants disparus

22 mai 2017 par fso

Le 25 mai est la Journée internationale des enfants disparus : offrons une fleure en souvenir de tous les enfants disparus, en solidarité avec leurs familles.


Pour célébrer cette journée, la Fondation Sarah Oberson a publié deux éditoriaux ce mois-ci :

«L’ascension des «enfants disparus» à l’agenda de l’Occident»,

aux Etats-Unis, 08.05.17

en Europe, 15.05.17

Extraits de l’article homonyme de Michele Poretti (2016), in Frontières.

Photo :  fdecomite, flickr/creative commons